| EDITO
Des
économies sur le court terme…
Dans
un contexte social de plus en plus complexe et exigeant, avec
des parents et une société acceptant peu l’échec,
confronté à des enfants de plus en plus difficiles
car sollicités en permanence par les médias
et la surconsommation, faire apprendre tous les élèves
demande des savoirs, des savoirs-faire et surtout des savoirs-être
très étendus.
Un professionnel de l’école (du collège
ou du lycée) bien formé devrait maîtriser
la (ou les) matières à enseigner et tout ce
qu’il faut savoir pour que les élèves
l’apprennent. Il sait décoder la situation d’apprentissage
et ses contraintes, et notamment l’image de l’école,
de l’apprendre pour les élèves. Il ne
reste pas enfermer dans une discipline, il sait les croiser
ou s’engager dans des démarches transversales.
En parallèle, il a donc appris des notions de didactique,
mais également d’épistémologie,
d’histoire des idées, de psychologie, d’anthropologie,
de sociologie et d’analyse institutionnelle ; il s’est
cultivé dans les autres savoirs de l’école.
Par ailleurs, il possède des outils pour comprendre
les conceptions des apprenants, pour préciser les objectifs
éducatifs et formuler un niveau d’exigence. Il
maîtrise de multiples ressources didactiques et connaît
leurs ressorts respectifs en fonction des obstacles de la
pensée (précoces et jeunes en échec y
compris) et des multiples façons d’apprendre.
Il sait notamment diagnostiquer les problèmes, mettre
en place des prises en charge différenciées,
individualiser des parcours de formation, apprendre à
apprendre, organiser un environnement éducatif...
Plus il est qualifié, mieux il repère les difficultés,
combine et varie les stratégies pédagogiques.
Il n’y a plus que les ministres et le président
pour croire qu’il existe la « bonne » méthode
pédagogique ! De plus, il sait susciter le désir…
d’apprendre et le goût de l’effort ; il
a fait du théâtre, il sait placer sa voix, il
est bien dans son corps et a de la présence, il n’a
pas peur de dialoguer avec les familles et sa hiérarchie.
Par dessus tout, il est curieux et avide de comprendre en
permanence le monde, la société et il a travaillé
sa personnalité, parce que l’enseignant est avant
tout une « personne » et un repère. Etc..
L’accroissement des savoirs et la complexification du
métier incite tous les systèmes scolaires à
allonger et renforcer la formation des maîtres. Il faut
dire que la difficulté du métier n’a pas
de rapport avec l’âge des élèves.
Les pays les plus avancés (Finlande, Norvège,
Québec, Suisse, Suède,..) forment leurs enseignants
dans un parcours d’études combinant en parallèle
théories et pratiques durant 4, 5 voire 6 années.
Qu’en est-il du dernier projet en France ? Certes, il
ne faut pas se le cacher, la formation des enseignants à
l’IUFM posait problème. Mais lui avait-on donner
les moyens et surtout les structures pour bien fonctionner
? (1).
La « supposée » réforme à
venir est censée revaloriser le métier d’enseignant…
pour ne pas froisser les syndicats. En fait, elle va surtout
permettre de faire de grandes économies.
Mais est-ce vraiment le cas ? L’université en
France n’a pas encore l’expérience et la
culture pour préparer les enseignants. Va-t-elle investir
dans la veille et la recherche éducative comme on le
fait dans tous les autres domaines pour mettre en place une
formation de qualité ? Ce n’est pas dans ses
habitudes… Pourtant ce n’est pas par des masters
disciplinaires qu’on préparera valablement à
ce métier . L’institution universitaire risque
même de dégoûter nombre d’entre eux
sans leur donner les outils et les ressources indispensables.
Ce qui n’améliorera la qualité du système.
De plus, on constate que plus la préparation est frustre,
plus les jeunes maîtres quittent tôt l’enseignement,
plus vite il faut les remplacer; d’où des investissements
perdus.
Enfin apprendre est devenu un challenge au quotidien dans
nos sociétés développées. Ne pas
investir dans une « matière grise » de
qualité, est pour un pays un drame économique
dont nos enfants paieront également les frais dans
20 ou 30 ans. D’ici là, nos hommes politiques
seront à la retraite !
André Giordan
9 juin 2008
(1) L’implantation des IUFM n’avait
pas été pensée. Elle répondait
également à une volonté de promouvoir
rapidement les instituteurs. L’institution scolaire
n’a pas d’Histoire !

Une autre école pour nos enfants, A. Giordan.
Delagrave (2002)
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