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Vu de
loin, cela ressemble à du football, mais sans ballon. Le
pilou, ou pilo, spécialité niçoise - au même titre qu'une
certaine salade et que les légumes farcis -, se joue en
plein air, à l'aide d'une sorte de volant. Les quatre joueurs,
scindés en deux équipes, doivent envoyer cet objet dans
le terrain adverse. Ils peuvent utiliser pour cela toutes
les parties de leur corps, à l'exception des mains et des
bras.
Tous
les vendredis soir, sur la promenade des Anglais, les adeptes
pratiquent le pilou dans les limites d'un "stade" de 16
mètres sur 11 mètres dessiné à la peinture blanche sur le
sol. En fin d'après-midi, lorsque les plages se vident avec
les derniers rayons du soleil, un attroupement se forme.
Et quelques touristes maladroits tentent de se joindre aux
joueurs.
"Ce
jeu connaît un renouveau depuis une vingtaine d'années.
Aujourd'hui, les meilleurs joueurs ont entre 20 et 30 ans",
explique André Giordan, la soixantaine, auteur, avec son
ami José Maria, d'un ouvrage intitulé Et vive le pilou
!
Le pilou
est né dans la rue au sortir de la guerre. "Enfants, nous
ne possédions aucun jouet, pas même un ballon", se souvient
M. Giordan. Les jeunes Niçois fabriquent alors un volant
sommaire à l'aide du papier servant à enrober le pain qu'ils
glissent dans le trou d'une pièce de 10 ou 20 centimes de
l'époque. La craie empruntée à l'école leur sert à délimiter
le terrain. "Lorsque nous jouions aux carrefours, les
voitures s'arrêtaient le temps de la partie", raconte
le sexagénaire.
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A
la fin des années 1980, désormais adultes et installés dans
la vie, les "champions" d'autrefois décident de faire revivre
la tradition. M. Giordan, universitaire à Genève, enseigne
les principes du pilou à ses étudiants. Chaque démonstration
publique, par exemple le dimanche après-midi sur le mont Alban
qui domine la cité suisse, attire les curieux.
"BEAUCOUP
DE CHINOIS"
Les
vendredis d'été, les joueurs prolongent leur match par un
pique-nique sur la plage. Au menu de ces retrouvailles :
les délices culinaires de la région, bien sûr, mais aussi
une bonne dose d'ironie. On commente ainsi les "championnats
du monde" de pilou, qui se déroulent chaque année à Coaraze,
un village de l'arrière-pays niçois. Et les plus anciens
ont rédigé un très pompeux "règlement officiel de la Fédération
nationale de pilou"... qui tient sur une feuille recto verso
photocopiée.
Le pilou,
discipline olympique ? M. Giordan sourit. Il a récemment
remis un volant à la conservatrice du Musée olympique de
Lausanne, en Suisse. "Le jeu se pratique, sous différents
noms et avec des variantes, en Amérique latine et en Asie",
raconte-t-il. D'ailleurs, parmi les touristes qui se risquent
à lancer le pilou, "on remarque beaucoup de Chinois", observe
le joueur.
Olivier
Razemon
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