Enseignement
Scientifique

Faut-il supprimer les sciences à l’école ?

Enseigner n'est pas apprendre

Le rôle du système extra-scolaire

Recherche scientifique et maîtrise de l’information

Pour de nouveaux repères culturels

Programmes et pratiques de l’enseignement scientifique

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Interview Sciences et Vie - mars 2005

Toute ressemblance avec une situation actuelle ou passée est purement fortuite...

 

 

 

Le rôle du système extra-scolaire


Bien utilisé par un médiateur, clairement rapproché de concepts scientifiques validés, le film "La guerre des étoiles", réalisé par Georges Lucas, peut devenir un outil qui aide les élèves à mieux appréhender la physique des planètes.

Pour André Giordan, tout ce qui peuple le quotidien des élèves doit servir dans le cadre d’un cours. « Un élève de Zep ne s’intéressera pas spontanément au héros de tragédie. Il faut partir de ses propres héros, Zidane, les candidats de la Star Académie, les vedettes de cinéma pour lui faire comprendre la notion de héros et aboutir sur celle du héros classique ». Alors que beaucoup de pédagogues rejettent la « junk culture » (« Culture poubelle », terme qui dénonce la culture des plaisirs qui satisfont les sens de manière rapide mais destructrice : nourriture, drogue, jeux vidéos, publicité, etc. ) et les connaissances parasites des jeunes, André Giordan s’en sert pour les ouvrir à d’autres savoirs. Certaines séries télévisées ou phénomènes de mode s’y prêtent facilement. Le film « La guerre des mondes » de Steven Spielberg est l’occasion de retravailler la climatologie. La série Urgences d’aborder la biologie autrement, La guerre des étoiles d’étudier la physique des planètes différemment.

Les médias peuvent également conduire à la science. Jamais les kiosques n’auront exposé autant de magazines sur la science (Cosinus, Science&Vie junior, la Hulotte, Pour la Science, la Recherche…), jamais les radios n’en n’auront autant parlée (Science Culture, Infoscience), même la télévision lui réserve quelques émissions (C’est pas sorcier, E=M6, Savoir plus Science, Les grandes énigmes de la science…). Sans parler d’Internet qui regorge de sites (Futurasciences, Cybersciences…), journaux et blogs plus ou moins sérieux. Pourtant, cette mobilisation a peu d’impact. Et pour cause. « Seule une minorité, généralement issue d’un milieu social aisé ou interpellée par des parents ou professeurs passionnés, accède à ces médias », souligne Marie-Christine Blandin.

Quant aux grands évènements, tels que la « Fête de la science » ou « 2005, Année mondiale de la physique », ils ne font pas d’émules parmi les rangs des indisciplinés et élèves en difficulté. Même constat pour les musées et multiples activités extra-scolaires proposées par des associations. À l’instar des associations nationales spécialisées dans la diffusion et la pratique des sciences et techniques, Petits Débrouillards et Planète Sciences notamment, et des nombreux autres clubs et associations de découverte scientifique qui « vident la mer avec un seau », explique Claudine Hermann, de Femmes et Sciences. « Cette année, nous avons touché 2 500 élèves, filles et garçons des classes d’Ile-de-France, pour les sensibiliser au savoir scientifique. C’est énorme pour notre petite association mais ridicule pour l’Ile-de-France », et a fortiori pour les élèves de France et de Navarre… « Le Conseil national des Ingénieurs et Scientifiques de France fait le même travail, les métiers de la métallurgie rencontrent les collégiens, les initiatives se multiplient, mais c’est un puit sans fond », selon elle. Certains, comme Bertrand Labasse, auteur en 1999 d’un rapport sur la médiation des connaissances scientifiques et techniques pour la commission européenne, sont beaucoup plus critiques : « l’absence de partage d’expériences conduit à multiplier des efforts redondants, à disperser leurs effets mais aussi à négliger des approches originales et pertinentes ».

Toutes ces initiatives parsemées devraient être répertoriées, classées et surtout mutualisées, conclut l’ensemble des rapports. Parallèlement, il faudrait briser l’image négative des universités et « ne plus pratiquer les sciences à l’usage exclusif des futurs chercheurs et ingénieurs », plaide André Giordan. Pour cela, une réévaluation des contenus et des méthodes pédagogiques semble s’imposer : quelles sont les bases fondamentales pour tous ? Quel est le rôle de l’enseignant ? Quels sont les choix didactiques ? « De simples toilettages ne sont pas suffisants », précise Maurice Porchet. C’est un vaste chantier qu’il faut engager pour «reconsidérer l’enseignement des sciences de l’école à l’université». Ainsi, « la fin de la science » annoncée par certains philosophes s’effacera devant « l’arrivée », tant espérée par Maurice Porchet, « d’une nouvelle génération d’universitaires et de chercheurs qui aura la lourde responsabilité de redonner de l’espoir à notre pays ».